5.
Ce qui va se passer à mon décès
Nouveau Regard #1 - La Transmission
10 minutes de lecture

Personne n’aime penser à la mort en général, et à la sienne encore moins. Pourtant, savoir ce qui va se passer après sa disparition, et notamment comment vont être répartis ses biens, n’est pas anodin. Vous pouvez ainsi prendre conscience que vous avez intérêt à anticiper la transmission de votre patrimoine ou à rédiger un testament pour vous assurer que certains de vos proches perçoivent bien la part de votre patrimoine que vous leur destinez.
5.1
Qui va hériter ? Qui sont mes héritiers ?
Le conjoint survivant a un statut successoral à part entière. Bien que votre époux ou épouse ne soit pas un membre de votre famille « au sens juridique du terme », il ou elle fera partie, quoi qu’il arrive, de vos héritiers.
Par ailleurs, votre futur veuf ou votre future veuve bénéficiera d’un droit au logement qui lui permettra de rester dans la résidence principale que votre couple occupe actuellement jusqu’à son propre décès (du moins si il ou elle le souhaite).
Votre concubin, votre concubine ou votre partenaire de Pacs n’auront droit à rien, sauf si vous avez prévu un legs à leur profit dans votre testament et que celui-ci n’empiète pas sur la réserve héréditaire (la part de votre patrimoine réservée à votre conjoint survivant ou vos enfants). Le partenaire de Pacs bénéficie, toutefois, d’un droit au logement pendant un an. Si vous louez votre résidence principale avec votre partenaire, la succession devra payer les 12 mois de loyer de votre partenaire survivant.
Votre ou vos enfants hériteront forcément de vous. S’ils sont prédécédés ou renoncent à la succession, ce seront leurs propres enfants - c’est-à-dire vos petits-enfants - qui percevront leur part d’héritage à leur place. En revanche, si leurs parents sont vivants à votre décès, vos petits-enfants ne feront pas partie de vos héritiers. La notion d’enfant englobe les enfants légitimes (nés d’un couple marié), les enfants naturels (nés d’un couple pacsé ou vivant en concubinage), les enfants adultérins (dont l’un des parents était marié avec une autre personne au moment de leur conception), ainsi que les enfants adoptés.
Dans le cadre des familles recomposées, si vous avez des enfants issus d’un premier lit, ces derniers ne font pas partie des héritiers de votre conjoint. Un enfant frappé d’indignité, car coupable d’actes graves envers son parent (coups et blessures, dénonciationcalomnieuse...), est déchu de sa qualité d’héritier et exclu de la succession.
5.2
Que recevront-ils et dans quelle proportion ?
Tous vos biens seront légués à votre décès.
Il s’agira de vos biens immobiliers (appartement, maison, garage, parking, terrain à bâtir, terres agricoles, forêts...), vos biens mobiliers (meubles, bijoux, voiture, œuvres d’art, antiquités, comptes bancaires, livrets d’épargne, comptes-titres, droits d’auteur, droits de propriété intellectuelle...), ainsi que votre argent liquide. Les biens que vous avez donnés de votre vivant, moins de 15 ans avant votre décès, seront rapportés à votre succession.
L’ensemble de vos biens estimés à la date du décès composeront l’actif brut de votre succession auquel le notaire retranchera un passif, constitué de vos dettes et créances (factures et impôts non payés, crédits non remboursés), les frais dits « de dernière maladie » (consultations, médicaments, hospitalisation), les éventuels frais de séjour en maison de retraite et les frais d’obsèques (dans la limite de 1 500 euros). Il en résultera l’actif net successoral à partir duquel s’opèrera le partage de vos biens et le calcul des droits de succession que vos héritiers devront payer (voir plus loin).
En tant qu’héritier réservataire, votre enfant héritera de la moitié de votre patrimoine. Si vous avez deux enfants, ils se partageront les deux-tiers de vos biens. Avec trois enfants ou plus, vos descendants directs hériteront à parts égales des trois-quarts de votre patrimoine. Votre conjoint survivant se verra attribuer, selon son choix, la totalité des biens en usufruit ou le quart en pleine propriété. Cette seconde option s’appliquera de facto si vous avez un ou des enfants d’un premier lit.
Si vous n’avez pas d’enfant, ni d’ascendant, c’est votre conjoint survivant qui est votre héritier réservataire. Votre veuf ou veuve recevra l’intégralité de votre patrimoine. Si vos parents sont toujours vivants, votre époux ou épouse se verra octroyer la moitié de vos biens ; et votre père et votre mère, un quart chacun. En cas de prédécès du père ou de la mère, le conjoint survivant reçoit les trois-quarts de la succession et un quart pour le parent survivant.
En l’absence d’enfant et de conjoint, vos biens seront répartis selon l’ordre successoral, c’est-à-dire d’abord entre vos parents, frères et sœurs. Si vous n’avez plus d’ascendants, ni de fratrie, ils seront transmis aux oncles, tantes, neveux et nièces, et ainsi de suite.
Il s’agit ici du régime commun. Si vous avez rédigé un testament, les règles successorales sont différentes. Vous pouvez léguer la quotité disponible - la part du patrimoine hors réserve héréditaire - à qui vous souhaitez, y compris à des personnes extérieures à votre famille, à des associations ou à des fondations reconnues d’utilité publique et habilitées - à ce titre - à recevoir des dons et des legs.
Et comme vu précédemment, l’assurance-vie vous permet de transmettre des capitaux aux bénéficiaires de votre choix, à condition que les primes ne soient pas « manifestement exagérées » au regard de votre âge, de votre situation maritale et familiale, de vos revenus et de votre patrimoine.
5.3
Quels frais devront-ils payer ?
Les biens que vous allez léguer sont soumis à des droits de succession. Toutefois, il existe plusieurs exceptions.
Votre conjoint et votre partenaire de Pacs - à condition que ce dernier soit mentionné comme votre héritier dans votre testament - sont exonérés de cet impôt. Idem pour votre frère ou votre sœur si celui-ci ou celle-ci a constamment vécu avec vous au moins cinq ans avant votre décès ; est célibataire, veuf, divorcé ou séparé de corps ; est âgé d’au moins 50 ans ou atteint d’une infirmité le mettant dans l’impossibilité de travailler. Il faut aussi savoir que les associations et fondations reconnues d’utilité publique ne sont pas assujetties aux droits de succession (ni aux droits de donation).
Pour tous les autres ayants droit, des droits de succession s’appliquent. Cet impôt est calculé après un abattement dont le montant dépend du lien de parenté entre vous et votre héritier. Ces franchises d’impôt viendront en déduction de la part de la succession.
Le barème de droits de succession s’applique uniquement sur la fraction supérieure à l’abattement. Il est progressif. Les tranches et taux d’imposition varient là aussi en fonction du lien de parenté.
Ayant droit concerné | Montant de l’abattement* |
|---|---|
Enfant | 100 000 € |
Parent ou grand-parent | 100 000 € |
Frère ou sœur(1) | 15 932 € |
Neveu ou nièce (de sang)(2) | 7 967 € |
Petit-enfant ou arrière-petit-enfant | 1 594 € |
Tiers | 1 594 € |
Personne handicapée | 159 325 € (abattement cumulé avec les autres) |
* en vigueur au 01/01/2025
(1) Sauf cas d’exonération entre frère et sœur
(2) Les neveux et nièces par alliance sont considérés comme des tiers
Pour les enfants, petit-enfants, arrière-petits-enfants, parents, grands-parents
Part taxable après abattement* | Barème d’imposition* |
|---|---|
Moins de 8 072 euros | 5 % |
Entre 8 072 euros et 12 109 euros | 10 % |
Entre 12 109 euros et 15 932 euros | 15 % |
Entre 15 932 euros et 552 324 euros | 20% |
Entre 552 324 euros et 902 838 euros | 30 % |
Entre 902 838 euros et 1 805 677 euros | 40 % |
Supérieure à 1 805 677 euros | 45 % |
Pour les frères et sœurs (vivants ou représentés par leurs ayants droit en cas de décès)
Part taxable après abattement* | Barème d’imposition* |
|---|---|
Inférieure à 24 430 euros | 35 % |
Supérieure à 24 430 euros | 45 % |
Pour les « collatéraux » et non-parents
Situations où les montants sont taxables après abattement* | Barème d’imposition* |
|---|---|
Succession entre parents jusqu’au 4e degré inclus | 55 % |
Succession entre parents au-delà du 4e degré ou entre personnes non parentes | 60% |
* en vigueur au 01/01/2025
5.4
Quelles sont les différentes étapes de la succession ?

À votre décès, vos proches doivent contacter une étude notariale.
Il peut s’agir de votre notaire « de famille » ou de n’importe quel autre notaire. Le recours à un tel officier ministériel sera obligatoire dès lors que vous possédez un bien immobilier, avez effectué une donation de votre vivant, rédigé un testament ou que la valeur de votre patrimoine est supérieure à 50 000 € (dès 3 000 € si vous n’êtes pas marié ou n’avez pas d’enfant).
Le notaire, un acteur clé
Dans le cadre d’une succession, l’intervention d ‘un notaire est payante pour chaque acte notarié. En effet, le notaire perçoit des émoluments dont le montant est soit fixé par la loi soit calculés en pourcentage de la valeur du bien sur lequel porte l’acte ou sur l’actif successoral brut lorsque l’acte porte, par exemple, sur l’ensemble de la succession . Le taux de TVA est de 20% sur les émoluments.
Par ailleurs, le notaire perçoit aussi d’autres frais qui, eux, ne sont pas réglementés par la loi et varient en fonction des prestations. On retrouve les débours qui sont les sommes avancées par le notaire pour obtenir un document auprès d’une administration ou pour rémunérer un intervenant, par exemple. Les droits et les taxes dont les sommes sont reversées au fisc. Et également la rémunération du notaire.
Les étapes à respecter
Comme dit précédemment, le notaire chargé de votre succession va commencer par consulter le Fichier central des dispositions de dernières volontés (FCDDV) pour vérifier si vous avez déposé un testament dans une étude notariale. Il demandera, si besoin, au notaire en possession du document une copie.
Le notaire saisi établira ensuite un acte de notoriété, listant l’ensemble des personnes concernées par votre succession (vos héritiers, les légataires que vous avez mentionnés dans votre testament…). Il pourra faire appel à un généalogiste pour l’aider dans cette tâche. L’objectif sera de n’oublier aucun de vos ayants droit afin d’éviter toute contestation ultérieure.
Si vous avez rédigé un testament, le notaire convoquera vos ayants droit à l’étude notariale, afin de les informer de son contenu. Le notaire collectera ensuite l’intégralité de vos avoirs et fonds disponibles qui lui serviront à payer les factures en cours et les futurs droits de succession.
Il dressera l’inventaire de vos biens immobiliers et mobiliers en vue d’estimer la valeur de votre patrimoine. Il prendra contact avec les organismes (administration fiscale, banques, mutuelles, caisses de retraite, syndic de copropriété…) pour déterminer le passif de votre succession (impôts à payer, emprunts à honorer, travaux votés en assemblée des copropriétaires à financer…).
Le notaire procèdera, en fonction de vos dernières volontés et dans le respect des droits des héritiers directs, au partage de vos biens auprès des ayants droit ayant accepté la succession. Cet acte met fin à l’indivision : chaque ayant droit recevra sa part et en deviendra propriétaire de façon individuelle. Le notaire rédigera les attestations immobilières officialisant ces changements de propriété. Pour être valables, elles doivent être publiées au fichier des hypothèques du lieu où se situe le bien immobilier.
Les lots partagés pourront être de valeur inégale. Dans ce cas, l’héritier avantagé devra verser aux autres ayants droit une « soulte », c’est-à-dire une compensation financière. Lors du partage, certains héritiers pourront demander à se faire attribuer certains de vos biens, ce que l’on appelle « l’attribution préférentielle ». Les droits de succession devront être réglés au plus tard six mois après votre décès (un an si vous vivez en Outre-mer ou à l’étranger). Des majorations seront appliquées en cas de retard.
Émoluments en matière de succession depuis le 1er janvier 2021
Actes | Valeur du bien | Coût |
|---|---|---|
Acte de notoriété | 56,60 € (67,92 TTC) | |
Inventaire | 75,46 € (90,55 € TTC) | |
Certificat de propriété | Inférieure à 3 120 € Supérieure à 3 120 € | 15,09 € (18,11 € TTC) 0,484 % HT de la valeur du bien |
Attestation de propriété | De 0 € à 6 500 € De 6 500 € à 17 000 € De 17 000 € à 30 000 € Plus de 30 000 € | 1,935 % HT de la valeur du bien 1,064 % HT de la valeur du bien 0,726 % HT de la valeur du bien 0,532 % HT de la valeur du bien |
Déclaration de succession | De 0 € à 6 500 € De 6 500 € à 17 000 € De 17 000 € à 30 000 € Plus de 30 000 € | 1,548 % HT de l’actif brut 0,851 % HT de l’actif brut 0,580 % HT de l’actif brut 0,426 % HT de l’actif brut |
Partage de la succession | De 0 € à 6 500 € De 6 500 € à 17 000 € De 17 000 € à 30 000 € Plus de 30 000 € | 4,837 % HT de l’actif brut 1,995 % HT de l’actif brut 1,330 % HT de l’actif brut 0,998 % HT de l’actif brut |
Délivrance de legs | De 0 € à 6 500 € De 6 500 € à 17 000 € De 17 000 € à 30 000 € Plus de 30 000 € | 1,9350 % HT de l’actif brut 1,064 % HT de l’actif brut 0,726 % HT de l’actif brut 0,532 % HT de l’actif brut |
Délivrance de legs | De 0 € à 6 500 € De 6 500 € à 17 000 € De 17 000 € à 30 000 € Plus de 30 000 € | 0,967 % HT de l’actif brut 0,532 % HT de l’actif brut 0,363 % HT de l’actif brut 0,266 % HT de l’actif brut |
Le taux de TVA sur les émoluments est de 20%. | ||
5.5
Quel est l’impact de mon régime matrimonial ?
Votre régime matrimonial constituera un élément important de votre future succession.
Selon le régime choisi, le périmètre de votre actif successoral sera différent.
Si vous avez opté pour la communauté des biens réduite aux acquêts
Il s’agit du régime légal, c’est-à-dire appliqué par défaut en l’absence de contrat de mariage établi devant notaire. La communauté des biens réduite aux acquêts prévoit que tous les biens acquis pendant le mariage sont communs au couple (même ceux achetés par un seul des deux conjoints). Les biens acquis avant le mariage et ceux donnés ou légués avant et pendant le mariage demeurent la propriété de chacun des époux
Si vous avez choisi ce régime, votre actif successoral sera composé de vos acquêts et de la moitié de la communauté (l’autre moitié restant la propriété de votre conjoint survivant).
Si vous avez opté pour la communauté universelle
Tous vos biens, y compris ceux acquis avant le mariage et ceux issus de dons et de legs, sont communs au couple. À votre décès, votre actif successoral correspondra à la moitié de la communauté universelle prévue dans votre contrat de mariage.
Si vous avez opté pour la séparation des biens
Dans ce régime établi par contrat de mariage, vos biens acquis avant et après le mariage, mais aussi vos salaires, revenus fonciers, revenus de placements (intérêt, dividende, coupon, plus-value) ou pensions de retraite, demeurent votre propriété. Il n’y a pas de biens communs au couple, mais seulement des biens en indivision qui appartiennent à chacun en proportion de sa contribution à l’achat. À votre décès, votre actif successoral équivaudra à vos biens détenus en propre et à ceux en indivision (au prorata de votre contribution à l’achat).
5.6
Testament : mode d’emploi
Si la rédaction d’un testament n’est pas obligatoire, la démarche est vivement conseillée. Ce document permet d’organiser sa succession et de s’assurer que ses dernières volontés seront bien respectées. Il est même indispensable pour les couples non-mariés. En l’absence d’un testament, le partenaire de Pacs ou le concubin n’ont aucun droit.
Quand rédiger un testament
Il n’y a pas de moment particulier à respecter pour rédiger son testament. Toutefois, comme vu plus haut, la conclusion d’un Pacs ou un concubinage notoire constituent de bonnes occasions. D’une manière générale, toute évolution maritale, familiale et/ou patrimoniale peut motiver la rédaction d’un tel document. Les parents de famille « recomposée » ont intérêt à écrire noir sur blanc leur desiderata pour limiter les conflits entre ancien et nouveau conjoint, enfants d’un premier et d’un second mariage, à la suite de leur disparition. Mais rédiger un testament ne suffit pas. Il faut respecter certaines règles pour le sécuriser. Premier écueil à éviter : taper son testament à la machine à écrire ou à l’ordinateur. Même paraphé, le document pourra facilement être contesté par des héritiers devant la justice, au motif que n’importe qui a pu le rédiger et imiter la signature du défunt. Le testament doit donc être impérativement écrit à la main. Si besoin, une analyse graphologique pourra ainsi être réalisée.
Il ne faut pas oublier de dater et de signer le testament, sinon il ne sera pas recevable. Il peut être judicieux, surtout si le testateur (celui qui rédige le testament) est âgé, d’y joindre un certificat médical attestant de ses facultés mentales. Les ayants droit ne pourront ainsi pas contester le document en invoquant l’altération des capacités mentales.
Autre erreur à ne pas commettre : garder le testament chez soi. La loi n’oblige pas à l’enregistrer chez un notaire. Toutefois, il est préférable de déposer le document dans le coffre-fort d’une étude notariale. Le testament ne risque pas de disparaître en cas d’incendie ou de cambriolage du domicile. Un proche ne peut pas tomber dessus et éventuellement le détruire.








