2.
La transmission, au-delà du patrimoine
Nouveau Regard #1 - La Transmission
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Patrimoine immobilier, valeurs mobilières, assurance-vie : telles sont en général les directions dans lesquelles l’on regarde lorsque l’on commence à envisager la question de la transmission. Si ces réflexions sont légitimes, elles sont pourtant loin d’épuiser le sujet. Pire, dans un contexte familial, elles risquent même de nous faire passer à côté de l’essentiel. Et pour cause, chacun sait qu’au-delà des aspects patrimoniaux, c’est aussi tout un capital immatériel – un nom, une histoire, des représentations – que l’on se transmet de génération en génération au sein d’une famille.
2.1
Transmission intrafamiliale : un capital immatériel très riche
Sans même s’en rendre compte parfois, toutes les familles disposent d’un capital immatériel riche. Un capital qui, si l’on n’y porte pas une attention suffisante, peut nous échapper en partie voire disparaître.
Un nom, une origine
Une chose est sûre : ce dont on hérite en premier lieu de ses parents, c’est avant tout d’un nom. Acquis par chacun en fonction d’une filiation, d’une ins- cription dans un ordre généalogique, ce nom de famille constitue l’élément central de notre identité civile.
Depuis des siècles, c’est en effet en disant « je suis fils / fille de » que l’on définit son origine. Je sais qui je suis car je sais d’où je viens. A travers un nom, c’est donc non seulement une identité mais aussi des origines que l’on transmet à son enfant.
Une histoire, une mémoire
Qui dit origine, dit aussi histoire. Or cette transmission d’une histoire dans laquelle s’inscrire est l’une des fonctions essentielles de la famille. C’est elle qui constitue le socle commun, la fondation sur laquelle repose l’équilibre individuel des membres d’une famille.
Nourrie des récits de vie croisés de ses différents membres, l’histoire familiale est ainsi une sorte de pot commun constitué d’anecdotes, de ressemblances voire de pactes du silence où chacun peut à loisir aller piocher tel ou tel souvenir vécu par lui-même ou par un autre, se le réapproprier et ainsi faire vivre une mémoire partagée.
Une tradition, des coutumes, des savoir-faire
Forte de cette mémoire commune, la famille constitue donc un lieu privilégié pour la transmission de traditions et de coutumes. Ces dernières peuvent être de tous ordres. Des plus anecdotiques – « chez nous tous les dimanches, c’est crêpes et jeux de société » – aux plus fondamentales – « notre table est toujours ouverte aux personnes seules » – en passant par les plus pragmatiques – « dans la famille, on est musicien de mère en fille –, les traditions familiales ont pour principale fonction de créer des moments de partage, au cours des- quels les membres de la famille se retrouvent en terrain connu.

Les valeurs, les représentations
Dans le cadre de ce partage qu’elles rendent possible, les traditions familiales traduisent enfin les valeurs que l’on expérimente et donc que l’on se transmet au sein de la famille. On peut ainsi très tôt chez soi faire l’expérience de l’ouverture, de l’accueil et de la solidarité, ou développer un sens des res- ponsabilités lorsque l’on nous fait confiance et que l’on compte sur nous.
Conséquences de ces valeurs, les représentations que nous nous faisons des autres et du monde sont elles aussi le plus souvent un héritage de notre culture familiale. Libre à chacun, parvenu à l’âge adulte, de se les approprier librement, de les remodeler ou au contraire de les rejeter.
2.2
Les modalités de la transmission au sein des familles
S’il existe bien sûr des spécificités propres à chaque culture dans l’art de cette transmission, des invariants existent tout de même dans la manière de transmettre.
Le langage et la tradition orale
Premier de ces invariants : le langage. La tradition orale a en effet toujours été une façon privilégiée de préserver et de transmettre une histoire. Ainsi, de la même manière que certains grands textes, comme l’Iliade et l’Odyssée, ont traversé les siècles en s’inspirant de ces traditions orales, l’histoire de nos familles, la destinée heureuse de tel ou tel de nos aïeux ou le destin tragique de tel autre, nous parviennent le plus souvent de la bouche de nos parents ou de nos grands-parents. Un récit auquel nous prêtons un jour à notre tour notre voix pour qu’il parvienne jusqu’aux oreilles de nos enfants.
Les objets mémoriels
Pour ce qui est de l’histoire « récente », ces récits sont dans la plupart des familles appuyés voire « illustrés » par ce que l’on appelle des objets mémoriels, au premier rang desquels bien sûr figurent les photos de famille, mais auxquels peuvent également s’ajouter des objets conservés tels des reliques (la bague de la grande tante, le diplôme du grand-père, etc.). Entrent également dans cette catégorie des objets mémoriels, les récits de vie, les autobiographies et autres traces écrites qui, après être un peu passés de mode, font à nouveau l’objet d’un certain engouement aujourd’hui.
La passion partagée
La transmission se joue enfin et toujours dans l’action. C’est bien souvent en cuisinant avec ses enfants qu’on leur transmet le goût de la cuisine, ou en jouant ensemble d’un instrument qu’on leur transmet le goût de la pratique musicale. Et pour cause, la symbolisation à l’œuvre dans la transmission n’est pas que verbale, elle est aussi sensori-motrice et s’opère à travers des gestes, des attitudes, des mimiques.






